
C’est une vérité irréfutable que les déplacements de masse vont s’accentuer au fil des années, et avec eux, l’exil, la détresse et le conflit social. Autant par le sujet que par la forme, Mais où va-t-on, Coyote ? est on ne peut plus actuel. Sa raison d’être est l’urgence, et sa vocation est de communiquer une vérité oubliée et un contre-discours à la polarisation médiatique ambiante.
Notre film est une collaboration entre les bénévoles des Águilas et notre équipe, où le travail des uns complète celui des autres, autant par la logistique que par l’éthique. La première fois que j’ai rencontré Ely, Marisela, les Águilas et découvert leur travail, il m’était évident que leur histoire devait être transcrite sur grand écran avec toute l’ampleur qu’elle méritait. Pour ce faire, l’équipe et moi les avons accompagnés lors d’une demi-douzaine de sorties sur trois ans, et avons tourné des images capables de plonger le public dans l’expérience en temps réel. En contrepartie de notre engagement, les Águilas nous ont offert des accès inédits et nous ont traités comme les leurs.
Contrairement aux frontières tracées à la ligne, à gros coups de murs et de barrières, les espaces désertiques font office de frontières par le seul fait qu’ils sont immensément vastes, immensément hostiles et immensément dangereux. Le contraste était immense entre le rythme des missions de recherche – chargé, tendu, vaste – où le désert prend tellement vie qu’il devient un personnage en soi, et le rythme de la vie quotidienne urbaine – calme, lent, et constamment ponctué d’appels de détresse et d’urgence. J’ai souhaité que le rythme du montage du film reflète ces contradictions, et que la composition de l’image élève les espaces au rang de personnages.
La présence des migrants à l’écran – par leurs vidéos et par leurs voix – devait être traitée avec un soin et une éthique indéfectibles. En cela, il était primordial que l’équipe du film soit multiculturelle. Je suis moi-même Libanais, issu d’une culture arabe souvent diabolisée, et pas qu’un peu. Le Liban a connu son lot de mouvements migratoires, vers le pays et hors du pays, au gré des guerres civiles qui nous ont assiégés. Malgré cela, j’ai été pris de court par le désastre humanitaire à la frontière mexicano-américaine, dont je n’aurais jamais imaginé l’ampleur dans deux pays techniquement en état de paix civile. La productrice Dominique Dussault a fait de la représentation des femmes son cheval de bataille – autant à l’écran, avec des personnages complexes et représentatifs, que dans les équipes des films qu’elle produits. Le directeur de la photographie, Nicolas Taborga, est d’origine bolivienne et est personnellement touché par la thématique du film et les sujets filmés. La monteuse Gisela Restrepo, d’origine colombienne, connaît bien les thématiques de la migration et de la violence politique en Amérique latine. Quant à la monteuse Marie-Pier Dupuis, Canadienne, elle a su porter à leur paroxysme les tensions des situations contradictoires afin de les transmettre au plus large public.
Au-delà de l’activisme partisan, il m’a importé, à travers Mais où va-t-on, Coyote ?, de décrire avec nuance les tragédies multiples de la catastrophe humanitaire qu’est devenue la frontière mexicano-américaine, et de contempler la complexité des blessures intérieures causées par des choix de vie sur lesquels les intervenants, es participants et les migrants ont rarement le contrôle.
Ely Ortiz, Marisela Ortiz et les Águilas del Desierto
RÉALISATION : Jonah Malak
SCÉNARIO : Jonah Malak
PRODUCTION : Dominique Dussault (Nemesis Films)
DIRECTION DE LA PHOTOGRAPHIE : Nicolas Taborga
CONCEPTION SONORE : Sylvain Brassard
MONTAGE : Marie-Pier Dupuis, Gisela Restrepo, Jonah Malak

Au cours des douze dernières années, Marisela et Ely ont erré dans le désert américano-mexicain. Leur objectif : rechercher, retrouver et rendre à leurs familles les corps des migrants morts lors de la traversée à pied. Cet appel dévorant leur fait payer un lourd tribut, mais comment pourraient-ils s’arrêter? Mais où va-t-on, Coyote? suit leur travail, leur dévouement et les vies difficiles qu’ils ont choisi de mener.

★★★★ Le désert frontalier entre le Mexique et les États-Unis assèche tragiquement bien des espoirs. Mais où va-t-on, Coyote? s’attaque à cette catastrophe humanitaire sans la réduire à un slogan; Jonah Malak la fait ressentir au plus près de la réalité du terrain, dans l’urgence.
Une expérience de cinéma direct hors du commun.
L’existence d’un tel film nous rappelle que nous n’avons pas encore tous abandonné l’espoir.

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Jonah Malak, également connu sous le nom de Karim Haroun, est réalisateur et producteur de documentaires. Après des études de mathématiques et de cinéma, il s’est consacré à la réalisation de documentaires. Ses oeuvres font le pont entre différentes disciplines et cultures, avec notamment deux longs métrages et plusieurs courts-métrages : Masse mystique et Mes mardis chez Catherine, deux documentaires anthropologiques explorant les phénomènes religieux au Liban. Son dernier long métrage, La dernière plongée de Dave, est une histoire captivante sur la plongée souterraine tournée en Afrique du Sud et en Australie. Disponible sur Amazon Prime, le film a été visionné plus de 1,1 million de fois sur YouTube et a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix du public au Festival du film d’Austin, un prix des Monteurs et monteuses de cinéma canadien et une nomination aux prix Écrans canadiens pour le meilleur montage.

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